Le cercle de compétence : savoir ce que l'on ignore

Buffett
Source: Wikimedia Commons

On demanda un jour à Tom Watson Sr., le fondateur d'IBM, quelle était sa formule pour réussir. Sa réponse fut la suivante :

Je ne suis pas un génie. Je suis intelligent par endroits — et je reste dans ces endroits-là.

Buffett et Munger ont formalisé cette approche sous le concept de cercle de compétence. L'idée n'est pas qu'il faille tout savoir. L'idée est qu'il faut connaître la limite de ce que l'on sait — et avoir la discipline de s'y tenir.

Pourquoi est-ce crucial ?

La plupart des erreurs d'investissement ne proviennent pas de l'ignorance, mais de l' illusion de la connaissance. Un ingénieur logiciel qui utilise des smartphones depuis dix ans peut se sentir compétent pour analyser l'activité d'Apple. Pourtant, comprendre un produit en tant qu'utilisateur est radicalement différent de la compréhension de la dynamique concurrentielle, de l'économie de la chaîne d'approvisionnement et de l'environnement réglementaire qui détermineront les bénéfices futurs d'Apple.

L'effet Dunning-Kruger est une réalité tangible et coûteuse sur les marchés de capitaux. Moins on en sait sur un domaine, plus on a tendance à être confiant — car on ne sait pas encore ce que l'on ignore.

L'inversion de Munger s'applique ici : la partie la plus importante du cercle de compétence n'est pas ce qui se trouve à l'intérieur. C'est de savoir où se situe la bordure.

Comment l'élargir

Le cercle n'est pas figé. Schloss a passé des décennies à n'étudier que les bilans et la valeur des actifs — son cercle était délibérément étroit mais profondément creusé. Lynch a élargi le sien en visitant des centaines d'entreprises par an, se forgeant ainsi une connaissance par l'observation directe.

La méthode d'expansion importe. Lire des rapports d'analystes vous apporte une connaissance de seconde main — filtrée par le cercle de quelqu'un d'autre. Visiter une entreprise, parler aux clients, utiliser le produit, étudier la structure de l'industrie — tout cela permet de construire une connaissance de première main, plus difficile à reproduire et donc plus précieuse.

Dans ma propre pratique, le cercle comporte deux anneaux concentriques :

  1. Inner Scorecard (Anneau intérieur) : Structure du marché des actions A (A-shares), analyse prix-volume de Wyckoff, systèmes de signaux quantitatifs — des domaines où j'ai construit et testé des outils au fil des années.
  2. Outer Scorecard (Anneau extérieur) : Macroéconomie mondiale, secteurs industriels spécifiques, nouveaux modèles économiques — des domaines où je lis et réfléchis, mais où je ne prends pas de positions concentrées.

La discipline est simple : les signaux de niveau « S » provenant de l'Inner Scorecard bénéficient d'un dimensionnement de position complet. Les opportunités issues de l'Outer Scorecard reçoivent un demi-dimensionnement ou un traitement de portefeuille fictif jusqu'à ce que j'acquière une compréhension suffisante.

Le fondement socratique

La prétention de Socrate à la sagesse reposait précisément sur ceci : Je sais que je ne sais rien. Il ne s'agit pas d'une fausse modestie, mais d'une discipline épistémologique. La personne qui connaît les limites de son savoir est plus digne de confiance que celle qui les ignore.

Sapere Aude — ose savoir. Mais ose aussi admettre ce que tu ne sais pas.

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